La Bible n’est pas tombée du ciel, elle s’enracine dans l’histoire et dans la culture d’un peuple, le peuple d’Israël.
Le Moyen-Orient, où se déroulent les récits contenus dans la Bible est une zone d’échanges commerciaux entre l’Asie et l’Afrique, la Méditerranée et la Mer Rouge.
Dans cette région, les paysages sont contrastés : végétation rare dans les zones arides et beaucoup plus abondante dans les zones irrigables ou dans certaines oasis. Deux grands bassins hydrologiques encadrent le territoire où vit le peuple d’Israël : le Nil du côté de l’Afrique et le Tigre et l’Euphrate du côté de l’Asie. Sur le plan des ressources naturelles, la terre d’Israël est assez pauvre. Elle est arrosée par un tout petit fleuve, le Jourdain, qui se jette dans une mer stérile la Mer Morte, située à 390 m en dessous du niveau des océans. Le point le plus bas de la planète !
Le peuple d’Israël est entouré par de très grandes civilisations assises sur des empires puissants qui prennent en étau les petits peuples de la région de Canaan. Tout au long de son histoire, Israël a été obligé de choisir entre les deux superpuissance et de contracter des alliances avec les uns ou les autres. Tout naturellement, il a vu dans ces alliances politiques une image de la relation entre Dieu et le peuple d’Israël. Dieu donne la protection en contrepartie d’une obéissance et d’une fidélité.
Religion : Dans toute cette région du Moyen-Orient ancien prédomine une religion polythéiste liée au culte de la fécondation. La reproduction du vivant n’est pas un phénomène naturel, mais surnaturel. La prospérité du pays est maintenue par l’union mystique des divinités figurées par roi et la prêtresse. En Canaan, le Dieu Baal est fréquemment représenté sous la forme d’un taureau à cause de ses capacités génitrices. Lorsque le peuple d’Israël se met progressivement à confesser un Dieu unique, il se démarque assez radicalement des peuples voisins. Cette naissance du monothéisme ne s’est pas faite en un jour, nous en trouvons des traces dans la Bible soit par les noms propres (Gédéon est appelé aussi Yéroubaal en Juges 9.1) soit par la subsistance de sanctuaires comme Bethel (=Maison de El) que le roi Josias dans sa réforme monothéiste radicale est amené à détruire( Rois 23.15-20).
On peut deviner à travers de nombreux récits bibliques, une tension entre les sédentaires cultivateurs et les nomades éleveurs de troupeaux. A chaque mode de vie correspond une culture et une forme de rapport au monde. La vie nomade favorise la tradition orale. De nombreux récits bibliques ont été transmis oralement pendant des générations avant d’être mis par écrit. La naissance de l’écriture est liée d’ailleurs plus à la nécessité de rédiger des contrats commerciaux ou des les lois civiles qu’au souci de transmettre la foi.
Lorsque les fouilles archéologiques ont commencé dans la seconde moitié du 19e siècle, les explorateurs imaginaient qu’ils allaient exhumer par leurs recherches des preuves irréfutables de la véracité de la Bible. La récolte dans ce domaine est bien maigre, par contre l’archéologie biblique a apporté une bien meilleure connaissance des civilisations anciennes avec lesquelles Israël était en contact. Leurs langues, souvent proches de l’hébreu ont été déchiffrées et permettent de traduire les textes bibliques de façon beaucoup plus précise. Leur culture, leurs lois civiles et religieuses, leur mode de vie sont aujourd’hui connus et ouvrent une compréhension nouvelle sur ces temps éloignées.
La plus ancienne écriture est pictographique c’est à dire qu’un dessin représente un mot. L’inconvénient est qu’il faut un grand nombre de pictogrammes différents pour écrire et que les mots ont obligatoirement plusieurs niveaux de compréhension.
Peu à peu le dessin s’est stylisé et a exprimé un son, une syllabe. En Mésopotamie, cette écriture syllabique se nomme cunéiforme, à cause des petits signes triangulaires en forme de coins qui la composent.
On estime que l’écriture alphabétique serait née dans la région de Mari vers 1450 avant notre ère. La naissance de l’alphabet est une révolution : avec un très petit nombre de signes différents, on peut transcrire toute la richesse d’une langue.
Les supports de l’écriture
Nous avons tous en tête des représentations de Moïse brandissant les tables de la loi gravées dans de la pierre. L’inscription dans la pierre était réservée aux textes qui avaient besoin d’être conservés de façon durable : contrats d’alliance, récits de bataille insistant sur la soumission des vaincus, etc.
De façon plus courante, les anciens utilisaient comme support d’écriture soit le papyrus, un matériau végétal très léger originaire d’Egypte, soit les tablettes d’argile qui étaient séchées au soleil ou cuites au four, soit les des tessons de poterie (ostraka en grec) sur lesquels on traçait quelques lignes d’écriture. Le parchemin apparaît aux environs du 2e siècle avant notre ère, à l’initiative sans doute de peuples nomades éleveurs de troupeaux, pour lesquels la peau d’animal constituait un matériau abondant et beaucoup plus résistant que le papyrus. Etymologiquement, le mot parchemin (en latin pergamentum) provient de la ville de Pergame en Asie mineure qui a abondamment diffusé ce matériau. Les peaux étaient cousues côte à côte pour former un rouleau désigné en latin par le mot volumen qui a donné en français « volume ». Au 1er siècle de notre ère, apparaît une nouvelle façon de coudre les pages toutes sur le même côté : le codex permet ainsi d’accéder très rapidement à n’importe quelle partie du texte.
n°1 (manuscrits hébraïques)
n°2 (la Septante )
n°3 (manuscrits grecs)
Les deux langues principales de la Bible sont l’hébreu et le grec. Quelques chapitres dans les livres tardifs de l’Ancien Testament nous sont parvenus en araméen.
L’hébreu est une langue sémitique, consonantique, qui s’écrit de droite à gauche. Au retour de son exil à Babylone, le peuple juif a adopté l’araméen, la langue parlée par les Babyloniens. Lire Bible devient plus difficile et nécessite de faire appel à des spécialistes pour l’expliquer. C’est la naissance du mouvement rabbinique et du Targum qui est un commentaire de la Bible.
Entre le 4eet le 7e siècle de notre ère, les Massorètes établissent un système de points-voyelles situés en dessous et en dessus des consonnes. Ils en profitent pour incorporer une ponctuation et pour effectuer le comptage des lettres de la Bible, de façon à éviter aux copistes de commettre des erreurs.
L’hébreu n’a pas de signes spécifiques pour écrire les chiffres. Ce sont les lettres qui servent de chiffre, A=1, B=2, C=3, etc. Si bien que tout mot a une valeur chiffrée et que chaque nombre a un sens. La Kabbale, un mouvement dans le judaïsme, a beaucoup travaillé sur la symbolique des nombres dans les Ecritures saintes.
Le grec est une langue européenne vocalisée, écrite de gauche à droite, mais sans espace entre les mots. Depuis les conquêtes d’Alexandre, le grec est parlé sur tout le pourtour méditerranéen. Il sert à la fois de support à la philosophie, car il est riche de mots abstraits, et au commerce.
Les premiers chrétiens parlent araméen, mais le grec leur apparaît plus cohérent avec la portée universelle du message qu’ils veulent transmettre. C’est donc en grec que les premiers apôtres ont rédigé leurs écrits.
n°6 (naissance de l’imprimerie)
n° 7 (Bibles incunables )
n° 8 (le mouvement humaniste au 16ème siècle)
n°9 (Lefèvre d’Etaples)
n°10 (la Réforme francophone)
n°11 (Luther)
n°12 (les bibles catholiques du 16ème siècle )
n°13 (Les Bibles de la Réforme en français)
L’invention de Gutenberg, vers 1460, porte sur l’utilisation de caractères mobiles donc réutilisables pour l’imprimerie, ce qui diminue considérablement le temps de travail et le coût des ouvrages. Son premier défi d’imprimeur : la Bible en 2 volumes, 2 col. et 42 lignes.
Cette invention a véritablement bouleversé la société et provoqué la mouvement de la Renaissance. Le nombre de livres en circulation progresse de façon spectaculaire. Puisque le coût des livres est plus accessible, un plus grand nombre de personnes accèdent à la culture.
En s’intéressant aux textes anciens, l’humanisme remet en cause les principes de lecture de la Bible hérités du Moyen Age comme le texte latin de Jérôme et la tradition des pères de l’Eglise.
Erasme à Rotterdam, Lefèvre d’Etaples en France ou Théodore de Bèze en Suisse renouvellent l’approche de la Bible : dans les premières années du 16e siècle fleurissent les bibles en hébreu ou de nouveaux testaments en grec , les grammaires, les psautiers , les bibles interlinéaires etc…
Lefèvre d’Etaples s’est d’abord fait connaître par son commentaire des épîtres de Paul en 1510, puis il a réalisé la première traduction de la Bible complète en français, d’après le texte latin de la Vulgate. Cette Bible parue pour la première fois en 1530 s’est attirée le rejet des Docteurs de la Sorbonne à Paris. Elle a par contre été acceptée à l’Université de Louvain qui faisait partie du Royaume de Charles Quint. On appelle Bible de Louvain les révisions successives du texte de Lefèvre d’Etaples par les docteurs de l’université.
La Réforme protestante se caractérise par deux principes théologiques : seule la grâce de Dieu peut sauver l’homme et seule l’Ecriture peut fonder la foi.
La Réforme remet donc la Bible à l’honneur en proposant des traductions en langue populaire réalisées à partir de l’hébreu et du grec.
Les Bibles protestantes conservent les livres deutérocanoniques hérités de la Septante mais les regroupent à la fin de l’Ancien Testament, précédés d’un avertissement au lecteur.
Luther réalise une traduction de la Bible en Allemand qui contribuera à fixer la langue allemande (1534) En Angleterre, une nouvelle traduction est autorisée par Henri VIII à partir de 1537 : elle aura une influence considérable sur la culture anglaise.
Pour la langue française c’est Robert Olivétan, un cousin de Calvin, qui se charge de la première traduction réalisée à partir des langues d’origine. (1535) Cette traduction sera plusieurs fois révisée à Genève, sous l’appellation “ Bible de Genève ”.
L’Eglise catholique produit elle aussi de nouvelles traductions en langue française mais reste fidèle à l’utilisation de la Vulgate comme texte de base.
C'est à son sujet que les hypothèses sur la datation des textes ont le plus fluctué au cours des dernières décennies. Nous pouvons classer les textes en 6 catégories principales :
Les récits : narrations qui relatent la grande histoire d’Israël, mais aussi des anecdotes qui la complètent ou la corrigent. Il ne s’agit pas d’un travail scientifique selon les critères modernes, mais toujours d’un regard de croyant sur les évènements du passé pris comme exemples pour appuyer un message essentiellement religieux.
Les ordres et les commandements : au travers de ces textes législatifs, la conviction des croyants est que Dieu poursuit son œuvre de création. La loi permet de vaincre le chaos, d’organiser le monde et de rendre possible la vie sociale.
Les prophéties : dans ces livres particuliers des hommes se sentent inspirés par Dieu au point de parler en son nom. Ils rappellent aux puissants les exigences de la loi de Dieu et au peuple tout entier son devoir de fidélité avec le Dieu de l’alliance.
Les prières : des croyants disent à Dieu leur souffrance, leur révolte devant l’injustice. Ils lui demandent pardon, implorent son aide. Ils célèbrent sa grandeur ou sa puissance.
Les textes de sagesse : ces livres dont le ton est plus philosophique réfléchissent sur la façon de vivre au mieux le temps que les humains ont à passer sur terre
Les textes apocalyptiques : nés en temps de crise ou de persécutions, ces textes au langage souvent crypté se demandent pourquoi Dieu permet que ceux qui lui sont fidèles connaissent de telles souffrances. Ils formulent une réponse basée avant tout sur la confiance : oui le plan que Dieu a pour le monde s’accomplira inexorablement jusqu’au triomphe de la justice.
La doctrine de l’Eglise n’est pas encore totalement élaborée au moment où sont rédigés les livres du Nouveau Testament. Ces textes portent la marque des débats qui animent les chrétiens. Tous proclament que le Christ est ressuscité mais chaque communauté interprète cette affirmation centrale de façon particulière.
Sur plusieurs questions qui animaient les premiers chrétiens, on constate que tous les textes du Nouveau Testament n’apportent pas exactement les mêmes réponses :
le rôle de la loi : que représente l’Evangile, la fin de la loi de Moïse ou son dépassement dans une exigence nouvelle ?
la présence du Christ : comment se manifeste-t-elle, dans l’histoire ou à travers l’institution de l’Eglise ?
le Règne de Dieu : est-il déjà là depuis la résurrection ou faut-il encore l’attendre ?
Parce que le Nouveau Testament est multiforme, les Eglises chrétiennes ont développé des compréhensions différentes à partir du même texte. Après des siècles d’affrontement, les chrétiens reconnaissent aujourd’hui qu’ils ont besoin les uns des autres pour parvenir à une meilleure compréhension des Ecritures.
Islam chiffres et dates
Le Coran et la bible
Exigence morale
La Bible dans le Coran
Mahomet connaissait les traditions juives et chrétiennes. Le monothéisme radical qu’il prône emprunte beaucoup à ces traditions. Le Coran qui pour les musulmans représente la Parole de Dieu recueillie par le Prophète, contient de très nombreuses allusions à des personnages ou à des situations évoqués dans la Bible : Abraham, Joseph, Moïse, Elie, Jésus, Marie, etc. Mohammed se situe dans la lignée de ces grands prophètes, mais considéré comme le dernier il accomplit totalement la révélation de Dieu au monde. Le Coran interprète quelquefois différemment les traditions bibliques qu’il relate. Ainsi ce n’est pas le fils Isaac que Dieu appelle Abraham à sacrifier, mais bien Ismaël, considéré comme l’ancêtre des peuples arabes.
Au delà de ces différences d’interprétation, sur le plan formel le Coran se distingue aussi de la Bible :